top of page

Pourquoi vos médecins font grève le 3 décembre?

image.png

1. Une journée de grève… pour vous expliquer, pas pour vous abandonner

 

---

 

Le mercredi 3 décembre 2025, de très nombreux médecins et infirmiers libéraux des Alpes-Maritimes (cabinet de ville, cliniques, plateaux techniques, urgences…) cesseront leur activité. Plusieurs services d’urgences et blocs opératoires seront fermés ou fortement réduits.

 

L’initiation de ce mouvement est apolitique et asyndical : il vient de la base des soignants, de médecins qui, chaque jour, vous suivent, vous opèrent, vous accompagnent. Nous faisons grève pour alerter et pour informer :

 

* Alerter que notre système de santé est en train de se fragiliser au point de menacer l’accès aux soins.

* Informer calmement sur des décisions budgétaires et réglementaires complexes (PLFSS, ONDAM…) qui ont des conséquences très concrètes pour vous : délais, fermetures, reste à charge.

 

Nous n’« abandonnons » pas nos patients : cette journée est un signal d’alarme pour éviter, demain, une médecine à deux vitesses, où seuls ceux qui peuvent payer seraient correctement soignés.

 

---

 

2. PLFSS, ONDAM… de quoi parle-t-on ?

 

---

 

2.1. Le PLFSS 2026, c’est quoi ?

 

Le PLFSS est le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Chaque année, il fixe combien l’État accepte de consacrer à la santé (hôpital, médecine de ville, médicaments, soins infirmiers, etc.).

 

Dans le PLFSS 2026, un article (l’article 24) permettrait au ministère de la Santé et à l’Assurance maladie de baisser, chaque année et unilatéralement, les tarifs de certaines spécialités jugées “trop rentables”.

 

Concrètement :

 

* Vos examens d’imagerie, vos actes de cardiologie, de radiothérapie, de médecine vasculaire, etc. pourraient voir leurs tarifs baisser par simple décision administrative (ce qui est déjà le cas pour la radiologie depuis novembre).

* Sans visibilité pluriannuelle, il devient impossible d’investir dans des appareils lourds (IRM, scanners, robots chirurgicaux) qui se financent sur 5 à 10 ans.

 

Dans le contexte d’instabilité politique, l’adoption finale de ce PLFSS est incertaine. S’il n’est pas voté à temps, le gouvernement pourrait recourir à des ordonnances, c’est-à-dire des décisions prises sans véritable débat ni négociation avec les soignants. Cela signifierait, pour nous, subir des baisses de tarifs sans avoir notre mot à dire.

 

2.2. L’ONDAM, c’est quoi ?

 

L’ONDAM est l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie : c’est l’enveloppe globale que l’État met sur la table pour rembourser les soins.

 

Pour 2026, il est prévu à environ 270 milliards d’euros, soit une hausse de seulement +1,6 %, alors qu’il faudrait au moins +3 % pour simplement suivre l’augmentation des besoins (vieillissement, maladies chroniques…) et des coûts (inflation, énergie, salaires, matériel).

 

Résultat :

 

* Il manque plus d’un milliard d’euros pour les établissements de santé, soit l’équivalent d’environ 20 000 postes d’infirmiers qui ne pourront pas être financés.

* Des services ferment, des lits disparaissent, les équipes ne recrutent plus, les délais s’allongent, les patients restent sur des brancards.

 

En résumé : on part d’une enveloppe que l’on sait trop basse. C’est un pari budgétaire risqué… mais ce sont vos soins qui servent de variable d’ajustement.

 

---

 

3. Pourquoi la santé coûte-t-elle de plus en plus cher ?

 

---

 

Ce n’est pas une lubie des médecins, c’est une réalité :

 

* Nous vivons plus longtemps et nous sommes plus nombreux.

* La population vieillit, les maladies chroniques (diabète, cancers, insuffisance cardiaque…) augmentent.

* Les traitements sont plus efficaces, souvent plus ciblés… mais aussi plus coûteux.

* La sécurité des soins, la traçabilité, les astreintes 24h/24, le numérique, la robotique, l’intelligence artificielle, tout cela a un coût d’investissement et de maintenance, sans parler de l’inflation et de l’augmentation des cotisations sociales.

 

Face à cela, les tarifs de nombreux actes médicaux n’ont pas bougé depuis plus de 20 ans voire ont été revus à la baisse. L’écart entre le coût réel de la santé et ce que l’État accepte de rembourser se creuse chaque année.

 

---

 

4. Pourquoi votre reste à charge augmente ?

 

---

 

On parle de reste à charge pour désigner ce qui reste à payer une fois que la Sécurité sociale et la complémentaire santé ont remboursé leur part.

 

Plusieurs phénomènes se cumulent :

 

1. Désengagement progressif de la Sécurité sociale

 

* Tarifs médicaux non revalorisés ou très peu.

* Déremboursements de certains médicaments et actes.

* Part croissante laissée aux complémentaires santé (mutuelles) puis… aux patients.

 

2. Hausse des franchises médicales

 

* À chaque consultation, médicament, acte paramédical, une petite somme reste à votre charge et n’est jamais remboursée.

* Le gouvernement envisage encore d’augmenter ces franchises : ce sont des micro-tickets modérateurs qui finissent par peser lourd dans le budget de nombreux ménages.

 

3. Mutuelles (complémentaires santé) de plus en plus chères

 

* Les cotisations des complémentaires ont augmenté très fortement ces dernières années.

* Environ 80 % de ce que vous payez revient en remboursements, près de 20 % servent aux frais de gestion, de publicité, de structure (plusieurs milliards d’euros chaque année).

 

Les retraités sont particulièrement pénalisés : leurs revenus diminuent au moment où leurs besoins de soins augmentent, alors que leurs cotisations de mutuelle s’envolent.

 

Mais bizarrement dans le PLFSS 2026 rien n’est demandé aux mutuelles, dont le lobby a même écrit et fait des amendements contre les médecins.

 

---

 

5. Complément d’honoraire : de quoi parle-t-on exactement ?

 

---

 

On parle souvent de “dépassements d’honoraires” comme d’un scandale. En réalité, il s’agit de compléments d’honoraires.

 

* La Sécurité sociale fixe un tarif de base (le tarif dit “opposable”).

* Depuis 1999, dans certaines spécialités techniques et chirurgicales, ces tarifs n’ont pratiquement pas été revalorisés, alors que l’inflation dépasse largement 40 % et que les coûts (salaires, loyers, charges, matériel) ont explosé.

* Pour maintenir l’équilibre économique de leurs cabinets, certains spécialistes pratiquent donc un complément d’honoraire, le plus souvent pris en charge en partie par les complémentaires santé. Sachant que les médecins qui pratiquent ces compléments d’honoraires paient 66 % de cotisations sociales de plus que leurs confrères qui n’en font pas.

 

Pour de nombreux médecins, ce complément n’est pas du luxe, mais une bouée de survie pour continuer à investir, payer leur équipe, et maintenir un niveau de qualité élevé.

 

Ce qui nous choque, c’est que l’on parle de nous comme de “rentiers”, alors que :

 

* Nos revenus ont baissé ces dernières années dans plusieurs spécialités (DREES).

* Nos charges ont explosé.

* Les “honoraires” affichés par l’Assurance maladie ne sont en réalité que du chiffre d’affaires, et non des revenus nets.

 

Nous refusons d’être désignés comme responsables d’un déficit qui tient surtout au sous-financement chronique du système.

 

---

 

6. Et les mutuelles dans tout ça ?

 

---

 

Les compléments d’honoraires représentent une petite partie de ce que les mutuelles remboursent réellement : une fraction modeste de vos cotisations sert à couvrir ces compléments.

 

Pendant ce temps :

 

* Les frais de gestion atteignent près de 20 % des cotisations.

* Les cotisations ont beaucoup augmenté sans que le niveau de remboursement suive au même rythme.

 

Nous demandons que les complémentaires santé jouent enfin le jeu en finançant davantage ces compléments d’honoraires afin de réduire le reste à charge des patients, au lieu de multiplier les frais de structure et de communication.

 

---

 

7. « Le saviez-vous ? » – Quelques exemples concrets

 

---

 

Le saviez-vous ?

 

* Une ablation de cancer du testicule (environ 1h30 d’intervention, responsabilité lourde, bloc opératoire, équipe complète) est rémunérée environ 100 euros au chirurgien.

* Une appendicectomie (appendicite) est rémunérée environ 188 euros.

* Un prélèvement de moelle osseuse (myélogramme), acte délicat et anxiogène, est coté moins de 10 euros, matériel compris.

 

Si ces actes avaient simplement suivi l’inflation des 20 dernières années, ils seraient payés nettement plus cher : nous en sommes très loin.

 

Chez nos collègues infirmiers libéraux :

 

* Le forfait pansement est rémunéré 6,30 euros… exactement le même tarif depuis 2009, alors que le coût du matériel, des protections, des déplacements, des assurances a fortement augmenté.

 

Enfin, la règle dite de “décote des actes multiples”, valable pour infirmiers et médecins, fait que :

 

* Le 2e acte réalisé le même jour est rémunéré à 50 %.

* À partir du 3e acte, il n’est plus rémunéré du tout, alors même que le temps, la responsabilité et la complexité, eux, augmentent.

* Un consultation ne peut être facturée en plus d’un acte technique, c’est soit l’un soit l’autre, même si on fait les 2 !

 

Ces exemples montrent qu’une partie du système repose sur des actes sous-évalués depuis des années, que l’on cherche désormais encore à décoter plutôt qu’à revaloriser.

 

---

 

8. Pourquoi nous refusons qu’un secteur entier subisse des baisses de tarifs

 

---

 

Avec l’article 24 du PLFSS et les baisses déjà décidées au 1er novembre par la CNAM sur certaines spécialités (imagerie, cardiologie, médecine vasculaire, néphrologie, radiothérapie…), on fait quelque chose qui n’existe quasiment dans aucun autre secteur professionnel : décider que, parce qu’un domaine est jugé “trop rentable”, on baisse ses tarifs de 5 à plus de 12 %, parfois 15 %, du jour au lendemain.

 

Imagine-t-on :

 

* Baisser chaque année les tarifs d’un artisan, d’un avocat, d’un architecte sur simple décision administrative ? Demander à un boulanger de baisser le tarif de sa baguette de 1 € à 0,85 € sous prétexte qu’il aurait vendu trop de baguette l’année d’avant ? De vendre sa seconde baguette 50% moins cher et à partir de la 3ème la donner ?

* Demander à des groupements de médecins de financer un scanner ou une IRM sur 10 ans tout en lui expliquant qu’on pourra couper ses recettes quand on veut ?

 

Ces décisions unilatérales entraînent :

 

* Moins d’investissements.

* Moins d’embauches.

* Des fermetures de créneaux ou de structures.

* Des délais plus longs pour les patients.

 

Nous disons simplement : on ne peut pas faire tenir un système sur des tarifs qui baissent tous les ans alors que les coûts, eux, augmentent.

 

---

 

9. Ce qu’on demande aux médecins généralistes est aussi inacceptable

 

---

 

Les médecins généralistes se voient imposer :

 

* Des objectifs d’arrêts de travail à ne pas dépasser, sous peine de sanctions, sans toujours tenir compte de la réalité de leur patientèle (travailleurs précaires, métiers pénibles, pathologies lourdes…).

* Une multiplication des obligations de remplissage du Dossier Médical Partagé (DMP), avec menace de pénalités s’il n’est pas correctement alimenté, alors même que certains organismes d’assurance ne sont pas capables de gérer correctement des démarches numériques simples.

* La perspective de devenir, en plus, des “percepteurs” de franchises médicales, en étant chargés de collecter des montants supplémentaires auprès des patients, ce qui dégrade la relation de soin.

* Un augmentation des cotisations sociales, tout en maintenant leurs honoraires bloqués en-dessous de l’inflation.

 

Nous ne refusons pas le contrôle ou l’évaluation ; nous refusons une logique de suspicion permanente et de sanctions, qui abîme la confiance entre patients, médecins et Assurance maladie.

 

---

 

 

 

 

10. Nous ne sommes pas des « rentiers » : c’est aussi une question de dignité

 

---

 

Être traité de “rentier” par l’État quand on travaille de jour comme de nuit, qu’on assume une responsabilité lourde sur la vie des patients, qu’on voit ses revenus nets baisser pendant que les charges explosent, est insultant.

 

Un rentier, par définition, vit de son patrimoine, de ses placements.

Nos revenus proviennent de notre travail, pas de rentes.

 

Derrière les chiffres, il y a :

 

* Des années d’études et de gardes.

* Des investissements lourds.

* Des équipes (secrétaires, infirmiers, manipulateurs radio, aides-soignants…) que nous devons payer correctement.

* Des responsabilités humaines et juridiques importantes.

 

Il ne s’agit plus seulement de comptabilité : il s’agit aussi de dignité.

 

Nous demandons simplement :

 

* D’être respectés.

* Que la valeur de notre travail ne soit pas fixée unilatéralement, chaque année, par des tableaux Excel.

* De pouvoir, encore demain, accueillir des jeunes médecins dans un exercice libéral ou hospitalier attractif et viable.

 

---

 

11. Ce que nous demandons, en clair

 

---

 

* Le retrait de l’article 24 du PLFSS 2026 (baisses unilatérales de tarifs).

* L’annulation des baisses de tarifs déjà décidées au 1er novembre pour plusieurs spécialités.

* Un ONDAM à la hauteur des besoins réels (+3 % minimum), pour éviter les fermetures de services et les délais interminables.

* Une revalorisation progressive des actes et une indexation a minima sur l’inflation.

* Une vraie discussion sur le rôle et les marges des complémentaires santé, afin de diminuer le reste à charge des patients.

* Le respect de tous les modes d’exercice (secteurs 1, 2, 3), sans stigmatisation ni exclusion du remboursement pour certains.

 

---

 

Conclusion

 

Nous comprenons l’inquiétude et la gêne qu’une grève peut provoquer.

Nous savons que, ce jour-là, certains rendez-vous seront annulés ou reportés, que cela peut vous compliquer la vie.

 

Mais nous ne nous battons pas que pour nous ou pour nos équipes :

Nous nous battons pour vous, pour que chacun puisse continuer à être soigné :

 

* vite,

* près de chez lui,

* par des équipes stables, compétentes, respectées et correctement équipées.

 

Ce qui est en jeu, ce n’est pas le confort des médecins :

C’est notre bien commun le plus précieux, notre santé.

 

Le 3 décembre, si vos médecins font grève, c’est aussi pour que demain, vous puissiez encore trouver un médecin et vous soigner décemment.

 

Pour nous suivre : https://linktr.ee/cmsecollectif

bottom of page